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L'énonciation éditoriale en question Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Communication & langages n° 154

Ecouter Emmanuël Souchier, directeur de la rédaction, sur France Culture, A plus d'un titre - L'actualité des revues le 12 février 2008 (2e partie à 29:51) :

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/aplusduntitre/fiche.php?diffusion_id=59720

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Sommaire

décembre 2007

Jack GOODY
L’oralité et l’écriture

Emmanuel ETHIS
Le cinéma, cet art subtil du rendez-vous

Emmanuël SOUCHIER
Formes et pouvoirs de l’énonciation éditoriale

Alain DEREMETZ
Rhétorique de l’énonciation éditoriale. Le paratexte chez Martial

Anne RÉACH-NGÔ
L’écriture éditoriale à la Renaissance. Pour une herméneutique de l’imprimé

Brigitte OUVRY-VIAL
L’acte éditorial : vers une théorie du geste

Olivier AÏM
L’énonciation éditoriale à l’épreuve de la traduction. Le cas des séries télévisées américaines

Sarah CORDONNIER
L’édition des centres d’art, de l’archive à l’énonciation éditoriale

Marie DESPRÉS-LONNET & Dominique COTTE
Nouvelles formes éditoriales en ligne

Catherine ALLAMEL-RAFFIN & Jean-Luc GANGLOFF
Le savant dans la bande dessinée : un personnage contraint

Bibliographie du dossier

Les livres

Les auteurs

   
 

Jack GOODY

L’oralité et l’écriture (pages 3 à 10)

Réservé sur l’idée que 4 % de différence entre le génome de l’homme et celui du chimpanzé expliqueraient fondamentalement le développement des cultures humaines, Jack Goody revient, dans cet article synthétique, sur le rôle de la parole, de l’écriture, de l’instruction dans l’histoire des technologies intellectuelles. Si l’on retrouve dans ces thèses un style de pensée, dans lequel la visée anthropologique s’appuie sur la diversité des situations historiques et culturelles, on voit que Goody, loin de militer pour une forme d’expression contre une autre, insiste sur la richesse les moyens de communication qui, à la différence des moyens de production, ne se remplacent pas mais se conjuguent. Cet article sera donc une bonne introduction pour ceux qui, entrant dans telle ou telle part d’une oeuvre considérable, souhaiteront replacer les analyses particulières dans un cadre théorique général.

 

Emmanuel ETHIS

Le cinéma, cet art subtil du rendez-vous (pages 11 à 22)

On aborde très souvent les différentes pratiques culturelles en termes d’usage et de fréquentation de différents équipements, ce qui suggère une concurrence entre différents produits. L’approche proposée par Emmanuel Ethis est différente. En s’appuyant sur une analyse de temps long et un ensemble d’enquêtes qualitatives fines sur les pratiques des publics et leur expérience du cinéma, il montre combien cette forme culturelle s’inscrit dans le sens d’une vie, de ses rencontres et de ses sociabilités. Au fil d’une histoire complexe, le cinéma a tissé, à travers lieux et supports, une relation toujours redéfinie avec le vivre ensemble.

 

Emmanuël SOUCHIER

Formes et pouvoirs de l’énonciation éditoriale (pages 23 à 38)

L’objet que réalise peu à peu l’écrivain est-il le même que celui que tient dans ses mains le lecteur ? L’écrivain travaille sur un texte. Le lecteur lit un livre. Une métamorphose a lieu entre une face imaginaire et toujours panoramique et un volume aux pages distinctes et injuxtaposables. La consécration de l’écriture n’équivaut pas à l’actualisation de la lecture. Le latin est plus précis. Le scriptum se fait liber et un liber se fait lectura. Mais la lectio (qui est l’énonciation du livre, le lecteur tenant entre ses mains un livre) est une actualité physique, une concrétisation, un échange et une solidarité violente, plus ou moins aisée, qui suscite une signification qui ne préexiste pas dans le « texte » ou dans la page imaginaire. […] Sans doute y a-t-il une espèce de « lecture qui gouverne le texte », une sorte de « typographie », de temporalité et d’espacement qui commande la page manuelle, un fantôme de volume muet et achevé qui assujettit, pour celui qui écrit, le travail vivant et quotidien.

 

Alain DEREMETZ

Rhétorique de l’énonciation éditoriale. Le paratexte chez Martial (pages 39 à 48)

L’histoire de l’énonciation éditoriale est ancienne, plus ancienne qu’on ne pense souvent. Si, la plupart du temps, elle investit les textes antiques de manière discrète, diffuse et marginale, elle en investit certains massivement et de façon ostentatoire. C’est le cas des Épigrammes de Martial, cette oeuvre méconnue ou injustement méprisée dans laquelle le discours sur l’oeuvre, depuis sa création jusqu’à sa vente et sa consommation par le public, occupe une large place, notamment dans ces franges du texte que sont les préfaces, les épigrammes liminaires, voire les épigrammes conclusives. L’auteur prend son livre, livre-objet et livre-enfant, pour sujet de ses pièces : il commente le contexte éditorial, c’est-à-dire social, commercial et technique, dans lequel il s’insère et précise, en un double langage marqué d’ironie, les conditions et les modalités du contrat générique et/ou du pacte de lecture qu’il passe avec un lecteur dont il définit l’identité (l’homme qui marche, le voyageur, etc.), et à qui il rappelle que c’est le cadre festif ou oisif (le banquet, le bain… au temps des Saturnales) qui convient à la dégustation de ses textes frivoles et badins. L’essentiel de la scénographie énonciative mise en oeuvre à cette fin par Martial nous sera découverte à la lecture du paratexte du livre 1.

 

Anne RÉACH-NGÔ

L’écriture éditoriale à la Renaissance. Pour une herméneutique de l’imprimé (pages 49 à 66)

Que signifie « lire un livre », et non pas seulement « lire un texte », et quels sont les signes, visibles et invisibles, verbaux et non-verbaux, qui interviennent dans la construction du sens ? Si le livre, loin d’être une enveloppe contingente chargée de transmettre un texte achevé et invariant, en constitue, audelà de ce que le verbe exprime, un lieu de réalisation, l’avènement provisoire – bien qu’accompli – d’une oeuvre destinée à se poursuivre au cours de ses incarnations successives, la matérialité de l’objet-livre conserve l’empreinte d’une intention éditoriale porteuse d’effets de sens. Suivant cette perspective, les pratiques éditoriales participent de l’identité de l’oeuvre littéraire, – l’imprimeur partageant avec l’auteur la paternité de l’oeuvre –, et en infléchissent la réception, – l’imprimeur accompagnant le lecteur dans son interprétation du texte, tout en en devançant les attentes. Peut-on dès lors considérer que l’acte de publication relève d’une « écriture éditoriale », née de la rencontre d’une formulation typographique, du discours paratextuel des instances éditoriales et des autres modalités d’expression de l’appareil éditorial ? Ne peut-on pas y voir, audelà de la seule affirmation d’un acte d’appropriation du texte, une des sources de sa littérarité ?

 

Brigitte OUVRY-VIAL

L’acte éditorial : vers une théorie du geste (pages 67 à 82)

Longtemps occulté de la conscience des lecteurs eux-mêmes, l’acte éditorial est devenu progressivement un objet d’études critiques, nouveau tant par l’intérêt pluridisciplinaire qu’il suscite que par la nécessité même de l’approche interdisciplinaire qu’il implique. Partant des travaux existants et des enjeux de ce sujet émergent, au croisement de la théorie littéraire, des sciences de la communication et de l’histoire culturelle, cet article traite des approches à l’oeuvre dans l’analyse de la médiation éditoriale qui pourrait trouver dans le champ de la médiologie des éléments théoriques adaptés à la diversité à la fois historique et contextuelle de ses pratiques. Il considère en particulier la question de la réception éditoriale et propose d’englober les concepts d’ écriture et d’énonciation éditoriale dans la notion plus large de geste, soit une gestualité éditoriale antérieure à la production d’une représentation signifiante.

 

Olivier AÏM

L’énonciation éditoriale à l’épreuve de la traduction. Le cas des séries télévisées américaines (pages 83 à 98)

Dans cet article, Olivier Aïm cherche à éprouver le concept d’« énonciation éditoriale » en l’appliquant à un domaine médiatique précis : la programmation des séries américaines par les chaînes françaises. C’est donc à la lumière de la traduction que cet article tente de prendre en compte la «sémiosphère» d’un produit culturel particulièrement vif dans ses investissements éditoriaux et lectoriaux : la série-detélévision. Objet d’une multitude de médiations (production, programmation, diffusion, etc.), l’unité sémiotique de l’« épisode » subit ainsi une série de métamorphoses d’ordre trans-éditorial qui, en la combinant et la recombinant, produit des formats et des relations de communication légèrement ou radicalement différents. Toujours est-il que ces gestes sont tout sauf anodins et reposent sur une matérialité typique de l’« énonciation éditoriale » qui, sous l’effet de la traduction, se fait d’autant plus manifeste.

 

Sarah CORDONNIER

L’édition des centres d’art, de l’archive à l’énonciation éditoriale (pages 99 à 110)

Cet article porte sur les enjeux de l’édition au sein des centres d’art, lieux de production d’expositions d’art contemporain. Au-delà d’un accompagnement des expositions, d’une publication « événementielle » et ponctuelle, l’édition des centres d’art s’inscrit dans la durée, comme mémoire des expositions qui, elles-mêmes, constituent l’art. Une approche de l’histoire collective de ces publications et des régularités de leur objet (les artistes auxquels sont consacrées des monographies) permet de repérer des éléments d’identification de l’art, des artistes et des centres d’art à destination interne et externe au champ artistique. Ces éléments sont envisagés à l’aide du concept d’archive et du concept d’énonciation éditoriale afin de saisir, par-delà les dimensions collectives, l’espace des positions énonciatives où s’inscrit et s’affirme la hiérarchie des légitimités des centres d’art, des artistes et des auteurs des textes insérés dans les publications.

 

Marie DESPRÉS-LONNET & Dominique COTTE

Nouvelles formes éditoriales en ligne (pages 111 à 122)

Le passage de la plupart de nos écrits du papier au numérique a parfois été envisagé, de manière très restrictive, comme un simple changement de support, alors que c’est l’ensemble de la chaîne éditoriale qui est touchée par cette évolution. Nous voudrions, dans cet article, revenir sur les étapes antérieures et postérieures à la fabrication proprement dite d’un imprimé pour montrer en quoi celles-ci concourent à la naissance et à la reconnaissance de formes éditoriales spécifiques. Un retour sur l’évolution formelle du journal en ligne permet de montrer que, de la même manière, après une période de grande instabilité formelle, de nouvelles normes et marques éditoriales émergent aujourd’hui sur le web. Ces marques doivent tout à la fois aider le lecteur à reconnaître le type de texte auquel il est confronté et concourir à asseoir la légitimité éditoriale de ceux qui mettent ces textes en ligne.

 

Catherine ALLAMEL-RAFFIN & Jean-Luc GANGLOFF

Le savant dans la bande dessinée : un personnage contraint (pages 123 à 134)

Catherine Allamel-Raffin et Jean-Luc Gangloff s’interrogent sur les modalités d’approche de la bande dessinée et mettent en question les démarches qui ont eu tendance à occulter les références culturelles et les stéréotypes propres au récit de fiction, en succombant à l’illusion de naturalité de ce dernier. Ainsi, pour étudier la figure du savant dans un mode d’expression tel que la bande dessinée, ils nous invitent à prendre une précaution élémentaire : celle qui consiste à exploiter les ressources analytiques offertes par la narratologie au cours de ces dernières décennies. C’est là une condition nécessaire pour éviter l’écueil auquel se heurte inévitablement une recherche limitée à l’établissement de correspondances entre personnages de BD et grandes figures de l’histoire des sciences. Une telle recherche aboutit en effet à une explication trop réductrice du nombre considérable de savants apparaissant dans ce qu’on a parfois appelé la « figuration narrative ». Elle se révèle également incapable de cerner ce qui a pu motiver le choix des caractéristiques essentielles attribuées à leurs personnages par les dessinateurs. Pour les auteurs, seule une prise en compte des contraintes internes et externes qui conditionnent le récit de fiction à destination d’un lectorat relativement homogène (la « jeunesse ») est susceptible de remédier à ces insuffisances.

 

Communication & langages nº 154

Dernière mise à jour : ( 14-04-2008 )
 
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